Pratiques alimentaires : signes extérieurs de religion ?

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20/07/15

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Manger sert à se nourrir. Pourtant, et depuis toujours, la relation de l’être humain à la nourriture est bien plus complexe que le simple besoin physiologique de s’alimenter. Toutes les religions édictent des règles et des interdits alimentaires comme le remarque Nadine Weibel, enseignante-chercheure associée au laboratoire Droit, religion, entreprise et société (Dres) et anthropologue du religieux. Résumé en trois mots clés.

Interdits alimentaires

« Ils sont présents dans toutes les traditions religieuses, pas seulement les monothéismes, et sont un bon indicateur des terreaux culturels sur lesquels se sont bâties les religions.
Ainsi l’interdit du porc, important dans les religions sémitiques, existait déjà dans l’Égypte ancienne. Le judaïsme l’a intégré à son compte, comme cela peut s’observer pour d’autres rituels. Si cet interdit n’est pas repris par le christianisme, il l’est à nouveau par l’islam. Est-ce une manière, pour la nouvelle religion, de se démarquer de la précédente ?
Le tabou majeur, communément partagé, est celui de la viande humaine. Arrivent ensuite la viande de certains animaux (porc, ovins, animaux rampants ou carnassiers, etc.) voire celle de tous les animaux (courants de l’hindouisme, du bouddhisme, jaïnisme) ainsi que les boissons alcoolisées. Le christianisme se distingue sur ce point puisque le vin y est en quelque sorte « sacralisé ». L’exclusion d’autres aliments, œufs, produits laitiers, champignons, ail, oignon, etc. bien que plus rare, apparaît parfois.
Des règles quant à la mise à mort ou la préparation des repas interviennent aussi : abattage rituel (judaïsme, islam), interdiction de tuer soi-même l’animal (bouddhisme).  
Les interdits alimentaires sont liés à la vision de la pureté et de l’impureté : tout ce qui est comestible n’est pas consommable comme tout ce qui est propre n’est pas pur. Ces prescriptions fluctuent en fonction de l’époque, du lieu, des catégories sociales et du genre. Notons que le judaïsme tout en interdisant pas mal d’aliments invite à des banquets festifs, alors que le christianisme peu prohibitif, prône la frugalité.
Le bien-être animal est souvent invoqué aujourd’hui, à l’intérieur et à l’extérieur des religions, pour justifier le choix du végétarisme (refus de toute nourriture carnée) ou du véganisme (refus, en plus, des sous-produits animaux). »

Commensalité

« La commensalité est l’art de manger avec les autres, de partager sa table. L’idée qui voudrait que la commensalité crée du lien social est très répandue parmi nous, mais elle n’est pas universelle. Dans l’hindouisme, les brahmanes pratiquants ne peuvent s’attabler avec des personnes n’appartenant pas à leur caste, ni consommer un repas préparé par celles-ci. On observe des comportements identiques chez certains pratiquants rigoureux du judaïsme et de l’islam. »

Jeûne

« Le jeûne est une pratique transversale dans les religions même s’il prend des formes différentes. Son objectif essentiel est de purifier corps et esprit. C’est un rituel ancien, qui existait dans les civilisations de l’antiquité et était pratiqué avant certaines cérémonies initiatiques.
Le jeûne peut être partiel ou total. La première forme est plus répandue et correspond à l’éviction de certains aliments à des périodes précises. C’est le cas des carêmes orthodoxe et catholique. L’islam ordonne un jeûne diurne pendant le mois de Ramadan. On retrouve le jeûne total dans le judaïsme sur des périodes courtes ainsi que dans le monde asiatique avant certaines fêtes ou lors de rituels purificatoires.
En marge des religions, le jeûne a acquis aujourd’hui un regain d’intérêt. Si cette notion de purification empruntée au religieux, y reste présente, il se développe autour de motivations liées au bien-être et à la santé surtout depuis que des travaux universitaires vont dans ce sens.
Le phénomène de l’inédie, sous le nom de respirianisme de l’anglais bretherianism fait quelques adeptes en Occident depuis une vingtaine d’années. Présente dans les traditions de l’Inde mais aussi dans la tradition chrétienne dès le Moyen-Âge, cette pratique qui se distingue du jeûne, consiste à ne pas s’alimenter mais à puiser son énergie dans l’air ambiant. »

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