Ateliers Chorémanies

"Chorémanies : contagions émotionnelles, gestuelles et sonores" / En s’inspirant de l’histoire, des archives et des mythes produits autour de l'épidémie de danse de 1518 à Strasbourg, les étudiants sont invités à explorer, en 3 ateliers, les formes de contamination gestuelles, sonores et spatiales.

Présentation générale

En juillet 1518, des dizaines de personnes se mettent soudainement à danser dans les rues de Strasbourg. Hommes ou femmes, rien ne semble pouvoir les arrêter. Cette « épidémie », qui s’étend sur plusieurs semaines, ébranle la communauté strasbourgeoise et frappe les esprits au point d’être consignée par de nombreux chroniqueurs de l’histoire municipale du XVIe au XXe siècle.

Le workshop "Chorémanies : contagions émotionnelles, gestuelles et sonores" fait écho au 500e anniversaire de cette épidémie de danse. Il se propose d’associer de manière interdisciplinaire des chercheurs, des artistes et des étudiants (de tous horizons) pour explorer les résonances et les répercussions de cet événement spectaculaire tant sur le terrain de la construction des connaissances que sur celui de la création.

Adossés à l’exposition "1518, La fièvre de la danse" programmée au Musée de l’Œuvre Notre-Dame jusqu'au 24 février 2019, 3 ateliers ouverts aux étudiants s'accompagnent de temps de recherches et de propositions artistiques :
- séminaire de recherche interdisciplinaire du laboratoire Approches contemporaines de la création et de la réflexion artistiques de la Faculté des arts ;
- restitution publique des ateliers le 10 avril 2019, à 18h30 au MAMCS ;
- carte blanche à Anne Creissels et Clélia Barbut pour deux performances artistiques le 8 mars ;
- colloque international "Affects, flux, fluides. Pratiques et politiques des émotions en art" organisé au printemps 2019 à l'Université de Strasbourg (EA 3402) avec l'Université de Lille (CEAC).

Albrecht Dürer, Couple de paysans dansant, 1514, estampe - © Petit Palais / Roget-Viollet

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Trois ateliers / Inscriptions jusqu'au 1er février

  • En écho à l’épidémie de danse survenue à Strasbourg en 1518, ce workshop propose aux étudiants de développer une exploration artistique avec trois artistes et chercheuses, Clélia Barbut, Anne Creissels et Mélanie Collin-Crémonési.
  • Entre contre-archive, performance et expérimentation sonore, trois ateliers sont organisés simultanément dans l’objectif d’élaborer ensemble trois relectures artistiques de cette chorémanie collective de 1518 : Écriture, affects, fiction / Objets de délivrance / Vocalité en transe.
  • Ateliers ouverts à tous les étudiants - quel que soit leur domaine d’étude, et sans nécessité d’avoir pratiqué une discipline artistique - sur inscription en ligne.
  • Chaque atelier s’organise en quatre séances, entre janvier et avril 2019.
  • Restitution publique des ateliers le 10 avril 2019 à partir de 18h30 à la MISHA.

Ateliers proposé par la Faculté des arts, avec le soutien de l'IdEx Université & Cité et du Service universitaire de l'action culturelle, en partenariat avec le Musée de l’Œuvre Notre-Dame, l’Artothèque de la Ville de Strasbourg et le Musée d’Art Moderne et Contemporain de la Ville de Strasbourg.

Les inscription aux ateliers sont closes.

Atelier 3 / Vocalité en transe

Coordonné par Mélanie Collin-Cremonesi

L’atelier / Il ne reste que peu d’informations sur la place de la musique et de la voix dans la chorémanie de 1518. L’étude des chroniques sur l’épidémie de danse de 1518 permet d’envisager cette dernière comme une transe collective. À travers l’observation des rituels sacrés et profanes de divers pays, cultures, tribus, syncrétismes, dévoile un corps sonore caché déployant dans l’espace l’intériorité de la transe et la connexion avec le monde invisible lié au rituel dans lequel elle s’exerce. S’imposant comme une force irrépressible, l’expression vocale assujettit le corps/voix de celui qui produit, jusqu’à contaminer celui de l’auditeur. Notre workshop propose d’imaginer ce corps sonore à la lumière des traces archivistiques entourant l’épisode de 1518 et de questionner les conditions de la mise hors de soi, par le prisme de la voix, en dehors de toute pratique rituelle. Il s’agira de rechercher et d’inventer des « devises » vocales et corporelles s’appuyant sur l’imaginaire collectif, le corpus proposé et les archives.

Lieu / Salle d'évolution du Portique - Campus Esplanade

Dates et horaires /
Séance 1 : samedi 9 février 2019 - 13h-18h
Séance 2 : samedi 9 mars 2019 - 13h-18h
Restitution publique des ateliers sous forme de courte performance le mercredi 10 avril 2019 à partir de 18h30 à la MISHA.

Restitution publique / le mercredi 10 avril 2019, 18h30, au Musée d’Art Moderne et Contemporain de la ville de Strasbourg.

Nombre maximum de participants / 40 personnes

Matériel / Les participants sont invités à porter des vêtements confortables n’entravant pas les mouvements et à apporter une bouteille d’eau.

L’artiste / Agrégée de musique, formée au conservatoire en chant, piano, formation musicale, analyse écriture et direction de chœur, Mélanie Collin-Cremonesi est titulaire d’un Master en Musicologie et d’un Master en Littérature et Études de genre qui lui ouvre la voie de la transdisciplinarité. Depuis 2010, elle travaille essentiellement pour le théâtre en tant que musicienne de scène, compositrice, directrice musicale ou chef de chœur auprès de metteurs en scène donnant une forte place à la musique, et dans des projets pluridisciplinaires associant danse et musique ou arts plastiques et musique (Nicolas Bigards, Jacques Livchine, Hervée de Lafond, Nicolas Bonneau, Jeanne Dambreville, Eric Lehembre, Myriam El Haïk, …). Elle explore les interactions entre geste vocal, souffle et mouvement corporel, une pédagogie enrichie qui permet d’accéder en pleine conscience à la pratique vocale. Elle mène en 2018 un travail chorégraphique et vocal avec des lycéens d’Erstein autour de la chorémanie de 1518 à Strasbourg.

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Couples dansants chutant dans une rivière en châtiment de leur attitude irrespectueuse lors de la Fête Dieu. Albrecht Dürer, gravure tirée de Hartmann Schedel, Chronique de Nuremberg, Anton Koberger, 1493. - Strasbourg, Cabinet des estampes et de dessins. - © Photo : Musées de Strasbourg / M. Bertola 

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Atelier 2 / Objets de délivrance

Coordonné par Anne Creissels

L’atelier / Une danse de délivrance sur le mode compulsif. Un corps affecté repoussant ses limites. Des gestes frénétiques. Une folie contagieuse. De quoi la chorémanie est-elle le symptôme ? Quelle contrainte incorporée, quel joug invisible, quel silence forcé a bien pu provoquer ce débordement pathologique ? À partir d’un corpus d’œuvres à la frontière des arts visuels et de la danse (Rebecca Horn, Claudia Triozzi, La Ribot mais aussi certaines scènes de tango frénétique chez Pina Bausch ou des images du film On achève bien les chevaux...), on abordera le lien du corps mécanique, réifié, à l’expressivité. On verra combien ces gestes déplacés, empruntés, dialoguent avec toute une iconographie du corps contraint, et témoignent de la survivance de nombreux mythes. En travaillant l’art de la performance, l’atelier réactivera le processus de la chorémanie et explorera le phénomène de contamination, non seulement entre les corps mais aussi entre les catégories a priori opposées de l’animé et de l’inanimé, du sujet et de l’objet.

Lieu / Artothèque de la Ville de Strasbourg, 1 Place du Marché - 67100 Strasbourg

Dates et horaires /
Séance 1 :  samedi 19 janvier 2019 - 13h-18h
Séance 2 : samedi 9 février 2019 - 13h-18h
Séance 3 : samedi 9 mars 2019 - 13h-18h
Restitution publique des ateliers sous forme de courte performance le mercredi 10 avril 2019 à partir de 18h30 à la MISHA.

Restitution publique / exposition : mercredi 10 avril 2019 à partir de 18h30 à la MISHA.

Nombre maximum de participants / 15 personnes

L’artiste / Agrégée d’arts plastiques et docteure de l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) en histoire et théorie des arts, Anne Creissels est enseignante-chercheure en arts plastiques à l’université de Lille et artiste. Ses recherches, à la fois théoriques et artistiques, portent sur la survivance de mythes dans l’art contemporain et la mémoire inconsciente des images ; les représentations et constructions identitaires en jeu dans l’art ; le geste dansé dans sa dimension performative et son lien aux arts visuels ; les pratiques d’incorporation du savoir et du langage. Au sein de la compagnie a + b objet danse et du Laboratoire de la contre-performance, elle développe, avec le soutien de la Ménagerie de verre, des formes performatives et scéniques présentées notamment au Musée de la chasse et de la nature, au Musée Picasso, à la Fondation d’entreprise Ricard et au Point Éphémère à Paris. Elle a écrit un essai sur l’art, Prêter son corps au mythe, le féminin et l’art contemporain (Le Félin, 2009) et s’apprête à publier un autre ouvrage, Le geste emprunté.

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Atelier 1 / Écriture, affects, fiction

Coordonné par Clélia Barbut

L'atelier / Les narrations liées à la chorémanie de 1518 sont tressées d’inventions et d’émotions : le médecin et philosophe Paracelse invente par exemple dès 1528 un personnage féminin, « Frau Troffea », qui aurait initié la danse ; quand le romancier contemporain Jean Teulé le qualifie de « première rave party au monde ». Afin de réfléchir à ces différentes mises en récit, nous envisagerons cet événement entre émotion et performance, à travers l’aspect spectaculaire, les corps débordants, le lien entre danse et maladie. Nous travaillerons à partir de sources historiques (archives, textes, iconographie) mais aussi plus contemporaines (romans, témoignages, expositions), en s’intéressant autant aux « vérités » qu’aux inventions. Textes, images, témoignages… Les étudiants seront invités à s’approprier les récits existants, mais aussi à en fabriquer pour bricoler avec les narrations et produire de nouvelles partitions.

Lieu / Musée de l’Œuvre Notre-Dame, salle Atelier, 3 Place du Château, 67000 Strasbourg

Dates et horaires /
Séance 1 :  samedi 19 janvier 2019 - 13h-18h
Séance 2 : samedi 9 février 2019 - 13h-18h
Séance 3 : samedi 9 mars 2019 - 13h-18h
Séance 4 : mercredi 10 avril 2019 (préparation de la restitution : répétition, installation) - 9h-12h - au Musée d’Art Moderne et Contemporain de la ville de Strasbourg.

Restitution publique / le mercredi 10 avril 2019, 18h30, au Musée d’Art Moderne et Contemporain de la ville de Strasbourg.

Nombre maximum de participants / 15 personnes

Matériel / papier, crayons, stylos, feutres

L’artiste / Clélia Barbut est chercheuse associée à l'Équipe d'Accueil Histoire et Critique des Arts (Université Rennes 2) et au Centre d'Étude et de Recherche sur les Liens Sociaux (Université Paris Descartes) et enseigne dans ces deux universités. Docteure en sociologie et en histoire de l'art, elle a consacré sa thèse au sujet des performances artistiques pendant les années 1970 en France et aux États-Unis. Avec Charlotte Hubert, elle développe depuis 2015 une conférence-performance évolutive sous forme d’enquête ethnographique à la piscine, L’Aquagymologie.

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Cartes blanches artistiques / 8 mars

  • Anne Creissels, Corps ficelé et langue coupée, recette de Ma Gouvernante
    Conférence-performance, 8 mars 2019 - 19h (annoncé précédemment le 8 février)
    Artothèque de la Ville de Strasbourg - 1 Place du marché - 67100 Strasbourg

Création avec le soutien de la Ménagerie de verre dans la cadre des Studiolabs
Regard sur le travail : Sylviane Masson

Pour servir un véritable festin cannibale, rien de tel qu’une recette de bonne femme. Celle de ma gouvernante vous étonnera par sa simplicité d’exécution et l’effet incomparable qu’elle produit sur tous les sens. Corps décapités, chair animalisée : sur la table de conférence, les images seront disséquées et les mots hachés menu.

Anne Creissels, Corps ficelé et langue coupée, recette de Ma Gouvernante - © Clara Mill Art Photographer

  • Clélia Barbut et Charlotte Hubert, Aquagymologie
    Conférence-performance, 8 mars 2019 - 20h
    Artothèque de la Ville de Strasbourg - 1 Place du marché - 67100 Strasbourg

L’aquagymologie est une discipline scientifique créée par Clélia Barbut et Charlotte Hubert. Sa visée est d’abord de faire un état des recherches sur l’aquagym, car cette pratique aquatique est très mal connue de la littérature académique. Elle vise ensuite et surtout à produire une science qui n’existe pas : face à cette incongruité, il s’agit de créer du savoir autant que de le mettre en scène. Nous évacuons d’emblée la question de la vérité. Le processus entremêle une enquête ethnographique à la piscine municipale, des entretiens avec des nageuses et professeur.e.s d’aquagym, et une narration poétique sur l’imagerie de l’eau, de la noyade, des sirènes. Restitution de ces recherches en même temps que création scénique, la conférence est une forme performée faisant appel à une iconographie détaillée. Le langage universitaire vient informer les corps sans gravité en même temps que les abdo-fessiers infiltrent la posture du conférencier.

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