La vie des bibliothèques

Un patrimoine livresque sous haute surveillance

Certaines collections anciennes conservées dans les bibliothèques de l'Université de Strasbourg ont récemment eu à subir la menace d'infiltrations d'eau, conséquence directe des intempéries de ces derniers jours. L'application rapide de mesures d'urgence a permis le circonscrire les risques.

De larges flaques recouvrent encore le sol du couloir menant au magasin du sous-sol contenant les thèses de médecine des 18e-20e siècles, et l'air est saturé d'humidité. « Heureusement, nous avons rapidement pu mettre en œuvre le plan d’intervention défini en amont », explique Marion Bernard-Schweitzer, conservateur responsable de la bibliothèque de médecine et odontologie. La gestion du fonds ancien de cette bibliothèque a été confiée à l'Unistra par la BNU*, qui en reste propriétaire.
L'alerte a été donnée en milieu de semaine dernière par Stéphane Rehlinger, magasinier responsable du fonds ancien. « Il avait beaucoup plu mardi [7 juin, N.D.L.R.]. Mais ces locaux, jugés sains lors de leur dernière inspection, ne nous avaient jamais posé problème en vingt ans », poursuit Marion Bernard-Schweitzer. Alors qu’il descend chercher un ouvrage à numériser pour le service Ebook on demand (EOD), Stéphane Rehlinger constate que le sol est recouvert de deux centimètres d’eau. Par chance, les agents ont bénéficié d’une révision de la formation prévention des risques naturels, quinze jours auparavant.
« Il est très important de prendre des mesures le plus rapidement possible : fort taux d’humidité et température élevée sont des conditions idéales pour la prolifération de champignons », insiste Nicole Heyd, responsable adjointe de la conservation et de la valorisation de l’Unistra. Le sol a été entièrement épongé, grâce à un kit préventif d’intervention rapide contenant le matériel utile en cas de dégât des eaux : combinaison de protection, lampe-torche, bâtons luminescents de sécurité, boudins de canalisation, coussins d’absorption rapide. Surtout, 17 mètres linéaires d’ouvrages, situés à proximité du sol, ont été placés en quarantaine à l’étage, par mesure de précaution.

Des thèses datées des années révolutionnaires

La bibliothèque située sur le campus médecine, rue Kirschleger, conserve environ 280 000 documents. « La plupart, entre autres les plus précieux, tant pour l’histoire des sciences que pour celle du livre, sont conservés dans les trois étages supérieurs. » Il y a cinq ans, des travaux de mise aux normes incendie réduisent la place dans ces magasins, et contraignent l’équipe à déménager quelque 50 000 thèses, soutenues dans des facultés françaises autres que Strasbourg, en sous-sol. « À l’époque, le nombre de thèses était moins important, et les bibliothèques recevaient un exemplaire de chaque thèse soutenue. » Des thèses de Paris côtoient des exemplaires d’Alger, Dakar, Clermont-Ferrand, et les datations en thermidor voisinent avec les années 1700 et 1800.
Un peu plus d’une semaine plus tard, alors qu’une nouvelle infiltration a été constatée et circonscrite dimanche [12 juin, N.D.L.R.], deux déshumidificateurs continuent à faire leur travail dans la pièce de 40 m2, et une sonde a été installée. « Des données sur la température et le taux d’humidité relative de la pièce sont relevées régulièrement », décrit Stéphane Rehlinger.
Les services maintenance de la Direction du patrimoine immobilier (DPI) sont confrontés à un double risque : celui des remontées d’eau, comme en médecine, et des infiltrations d’eau en toiture − un problème qui a touché, dans une moindre mesure, la bibliothèque de psychologie et sciences de l’éduction. Une vigilance constante reste donc à l’ordre du jour.

Elsa Collobert

* À travers le contrat d'association liant les deux établissements.

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