Une table ronde intitulée « Marc Bloch au Panthéon » aura lieu lundi 15 juin au Palais universitaire.
À l’occasion de l’entrée de Marc Bloch au Panthéon le 23 juin, cette journée est consacrée à l’une des figures majeures de l’histoire et des sciences sociales. Historien fondateur, intellectuel engagé et résistant, Marc Bloch (1886-1944) incarne une pensée rigoureuse et profondément humaniste, dont l’héritage continue de nourrir la recherche contemporaine.
La table-ronde Marc Bloch au Panthéon, inaugurée conjointement par Frédérique Berrod, présidente de l'Université de Strasbourg, Catherine Trautmann, maire de Strasbourg, présidente de l'Eurométropole et Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d'Alsace, se veut à la fois un hommage et un moment de réflexion collective autour de l'œuvre de Marc Bloch, de son parcours et de son actualité. Figure majeure de l’histoire et des sciences sociales, Marc Bloch (1886-1944) incarne une pensée rigoureuse et profondément humaniste, dont l’héritage continue de nourrir la recherche contemporaine. Cette journée se veut à la fois un hommage et un moment de réflexion collective autour de son œuvre, de son parcours et de son actualité.
Une journée pour (re)découvrir les apports de Marc Bloch à l’histoire, interroger la portée de son engagement, mesurer la vitalité de sa pensée dans les débats actuels et pour rappeler que Marc Bloch, d’origine alsacienne, a vécu et travaillé à Strasbourg, a conçu dans cette ville l’essentiel de son œuvre historique, a utilisé les moyens de son université autant qu’il l’a illustrée.
« Marc Bloch au Panthéon » propose un parcours intellectuel et mémoriel articulé autour de plusieurs temps forts. Elle s’ouvre sur une mise en perspective historique retraçant la vie et l’œuvre de Marc Bloch, en soulignant son rôle pionnier dans le renouvellement des méthodes historiques et dans la fondation d’une revue fondamentale en sciences humaines, les Annales d’histoire économique et sociale. Les interventions explorent les grands axes de sa pensée : son approche comparative, son attention aux structures sociales et aux mentalités, ainsi que sa réflexion sur le métier d’historien. Une attention particulière est portée à son engagement citoyen et à son rôle dans la Résistance, éclairant les liens entre savoir, responsabilité et action.
La journée sera marquée par des échanges interdisciplinaires qui interrogent l’actualité de Marc Bloch dans les sciences humaines et sociales aujourd’hui. Tables rondes et discussions permettent de croiser les regards et d’ouvrir des perspectives sur la transmission de son héritage.
Ce moment de rencontre se conclut par une réflexion collective sur la signification de son entrée au Panthéon : reconnaissance nationale, mais aussi invitation à faire vivre une pensée exigeante, critique et engagée dans le monde contemporain.
Des objets et documents ayant appartenu à Marc Bloch seront exposés dans la salle Pasteur lors de cet évènement.
Une journée organisée par Benoît Tock, professeur d'histoire médiévale (laboratoire Arts civilisation et histoire de l’Europe - Arche) et Catherine Maurer, professeure d'Histoire contemporaine (laboratoire Arts civilisation et histoire de l’Europe - Arche), avec le soutien de la Présidence de l’Université de Strasbourg, de la Maison interuniverstaire des sciences sociales et des humanités d'Alsace (MISHA) et des Archives d’Alsace.
En plus de cette première journée, un semestre Marc Bloch est cours de programmation : une table ronde « Marc Bloch et l’université », à l’Université de Paris I Panthéon Sorbonne en collaboration avec l’Université de Strasbourg le 23 juin, un cycle de conférences à l’automne avec notamment des conférences grands publics proposées par le Jardin des sciences, plusieurs tables rondes interdisciplinaires organisées en collaboration avec la Maison interuniversitaire des sciences sociales et des humanités d'Alsace (Misha) sur le modèle des « réunions du samedi » fondées par Marc Bloch à l’Université de Strasbourg…
Programme de la journée
- 9h - Bienvenue
Michel Humm, doyen de la Faculté des sciences historiques de l’Université de Strasbourg
Allocution de Frédérique Berrod, présidente de l’Université de Strasbourg
Allocution de Catherine Trautmann, maire de Strasbourg et présidente de l'Eurométropole
Allocution de Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d'Alsace
- 9h30 - Marc Bloch, esquisse d’une biographie
Catherine Maurer, professeure d'Histoire contemporaine (laboratoire Arts civilisation et histoire de l’Europe - Arche / Université de Strasbourg)
La panthéonisation de Marc Bloch donne l’occasion de revenir sur les multiples facettes de son œuvre et de son action. Il semblait néanmoins indispensable de rappeler les principales étapes de sa courte vie : origines familiales, enfance et jeunesse, la Grande Guerre, long séjour strasbourgeois, retour à Paris, à nouveau la guerre et l’engagement dans la Résistance.
- 9h50 - Marc Bloch, mémoire et histoire familiale
Suzette Bloch, petite-fille de Marc Bloch
- 10h10 - Marc Bloch, historien du Moyen Âge
Benoît-Michel Tock, professeur d'histoire médiévale (laboratoire Arts civilisation et histoire de l’Europe - Arche / Unistra)
Marc Bloch a enseigné à Strasbourg l’histoire du Moyen Âge, avant d’être à Paris le premier titulaire de la chaire d’histoire économique et sociale ; il est universellement connu comme « médiéviste », et de fait, la grande majorité de ses publications portait sur le Moyen Âge, et c‘est à l’histoire du Moyen Âge qu’il a apporté ses plus fécondes innovations. Mais, sauf dans certaines circonstances, il récusait cette étiquette de « médiéviste » : nous essaierons ce paradoxe.
- 10h30 - Discussion
- 11h - Penser et agir : l'engagement de Marc Bloch dans la Résistance
Cécile Vast Professeur certifiée d’histoire et de géographie (Université Marie et Louis Pasteur – Besançon)
Simple recrue du mouvement Franc-Tireur à Lyon en 1943, Marc Bloch (« Narbonne ») gravit très vite les échelons de la Résistance régionale dont il devient en janvier 1944 l’un des principaux responsables. Il met également son expertise au service de la pensée de la Résistance en contribuant aux « Cahiers politiques » du Comité général d’Études du Conseil national de la Résistance. Arrêté le 8 mars 1944 à Lyon, il est assassiné le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans par l’occupant nazi et ses collaborateurs.
- 11h30 - Marc Bloch et les Annales d’histoire économique et sociale
Étienne Anheim, directeur d'études au Centre de recherche historique (Ecole des hautes études en sciences sociales- EHESS)
Les Annales d’histoire économique et sociale sont une revue fondée par Marc Bloch et Lucien Febvre, alors professeurs à l’Université de Strasbourg, qui voulait attirer l’attention des historiens (mais aussi des décideurs politiques et économiques) sur les enjeux économiques et sociaux dans l’histoire, considérés comme plus importants pour la compréhension des sociétés humaines que les batailles ou les règnes. Cette revue marque donc une large ouverture de l’histoire vers les autres sciences sociales ; elle a absorbé une énergie considérable chez Bloch et Febvre. Très d’avant-garde, c’est cependant surtout à partir des années ’60 qu’elle est devenue emblématique de la profession.
- 12h - Marc Bloch/Fougères, clandestin aux Annales
Anne Simonin, directrice de recherches au Centre d'études sociologiques et politiques Raymond Aron (Ecole des hautes études en sciences sociales- EHESS)
Pendant l’Occupation Marc Bloch a été victime des lois antisémites de Vichy, au point d’avoir dû renoncer à conserver la co-direction des Annales. Il aurait dès lors voulu que la revue cesse de paraître, mais après un débat difficile avec Lucien Febvre, celui-ci l’a convaincu que la publication d’une revue aussi ouverte et critique serait en un sens un acte anti-Vichy ; Marc Bloch a continué à publier dans la revue, mais sous des pseudonymes.
- 12h30 - Discussion
- 14h15 - Marc Bloch, historien combattant. Penser la défaite pour retrouver l'avenir
Vincent Duclert, chercheur titulaire au Centre des savoirs sur le politique - recherches et analyses (EHESS)
Dans une tribune publiée dans Le Monde en juin 2025, en réponse à l'interpellation que lui avait adressée publiquement le président de la République à propos de l'éventuelle qualification de « génocide » des événements de Gaza, Vincent Duclert répondait « que peuvent les historiens ? [...] documenter les faits, comme les historiens savent le faire ».
N'est-ce pas ce qu'a fait Marc Bloch dans L’Étrange défaite ; un ouvrage qui a sans doute beaucoup pesé dans la décision du président de la République de panthéoniser l'historien ? L’Étrange défaite serait alors un témoignage ; pas un livre d'histoire, mais un livre d'historien, au sens où ce sont ses qualités d'historien que Marc Bloch a mises en œuvre lorsqu'il l'a écrit.
- 14h45 - L’historien et la cité
Pap Ndiaye Ambassadeur, représentant permanent de la France auprès du Conseil de l’Europe
L’exemple de Marc Bloch montre que l’historien peut ne pas être fermé au monde dans lequel il vit, mais au contraire s’engager dans ce monde en y apportant sa démarche propre, faite d’analyse et de critique. Ce que fait aussi, à sa manière, Pap Ndiaye.
- 15h15 - Marc Bloch. Parcours d’un historien en sociologie
Christophe Pebarthe, maître de conférences en histoire grecque à l’institut de recherche antiquité et moyen-âge (Ausonius /Université Bordeaux Montaigne)
Universitaire, historien, médiéviste, professeur, résistant, si nombre de qualificatifs peuvent être aujourd'hui associés à Marc Bloch, peu se risquerait sans doute à le qualifier de sociologue. Comment comprendre dès lors qu'en 1939, il se présentait ainsi sur la quatrième de couverture de La Société féodale : « Historien au sens plein du mot, le sociologue et le psychologue rejoignent en lui l'érudit » ? Parce qu'elle intrigue, cette présentation conduit à interroger la manière de faire de l'histoire qu'élabora Marc Bloch et à en envisager la postérité aujourd'hui.
- 15h45 - Discussion
- 16h30 - Marc Bloch et la France
Patrick Boucheron, professeur au Collège de France
Selon Benoît-Michel Tock, co-organisateur de l'événement, « le patriotisme de Marc Bloch, incontestable au vu non seulement de ses écrits mais plus encore de son comportement en particulier en 1939-1944, n'était en rien chauvin ou revanchard. C'était un patriotisme d'amour et de lucidité, mais ni d'exclusion, ni d'exaltation ». Patrick Boucheron partage-t-il cette analyse du patriotisme de Marc Bloch ?
- 17h - Marc Bloch, l’histoire allemande et les Allemands
Peter Schöttler, directeur de recherche honoraire au CNRS Institut d'histoire du temps présent / Freie Universität Berli
Marc Bloch connaissait les travaux des historiens allemands, qu’il lisait fréquemment, mais dont il contestait les méthodes ; de leur côté les historiens allemands ont attendu les années ’50 et ’60 pour réellement s’intéresser à Marc Bloch.
- 17h30 - Que représente Marc Bloch pour des étudiants en histoire aujourd’hui ?
Laura Dushi, Adel Eifert, Loïc Meyer, Grégoire Rigolle, Maïwenn Rousseau, Ela Semerci, étudiants en licence d’histoire (Faculté des sciences historiques / Unistra)
Dans le cadre du cours "Éthique et épistémologie de l'histoire" de Benoit-Michel Tock, ces étudiants ont exploré le rôle de l'historien et la place de l'histoire en société. Cette démarche les a conduits à s'intéresser à Marc Bloch et notamment à ses deux ouvrages Apologie pour l'histoire ou métier de l'historien et L’Étrange défaite. Au travers de leurs réflexions personnelles, ils exprimeront ce que Marc Bloch représente pour eux, en quoi ses réflexions, ses travaux et son engagement peuvent accompagner un jeune historien en devenir. Leur intervention comportera 5 chapitres :
1. Le travail de l'historien, son exigence, sa rigueur intellectuelle et son rapport à la vérité
2. Marc Bloch et l'histoire, une approche pluridisciplinaire
3. Un exemple d'interdisciplinarité : l'archéologie
4. Le rôle de l'historien dans la cité
5. Le témoignage, la fake news et l'esprit critique chez Marc Bloch.
- 18h - Discussion
- 18h15 - Conclusion générale