Steinunn Sigurðardóttir

Steinunn Sigurðardóttir est née et a grandi à Reykjavík, en Islande. Elle s'initie à la littérature par la poésie et publie son premier recueil de poèmes, Sífellur, en 1969. Pendant ses études de psychologie et de philosophie au University College of Dublin, la jeune poétesse ne cesse d'écrire et continue de publier en Islande. Après s'être essayée à l'art exigeant et formateur de la nouvelle, Steinunn Sigurðardóttir se lance dans la rédaction de romans à partir des années 1980.

Son style sensible et délicat, versant volontiers dans l'humour noir lui permet d'exprimer sa critique de la société contemporaine. L'auteure nourrit son œuvre de longs séjours aux États-Unis, au Japon, ainsi que dans plusieurs pays européens. Elle traduit et écrit également pour la presse islandaise.

Elle compte aujourd'hui plus d'une dizaine de romans publiés en Islande et nombre de ses livres sont traduits en anglais, allemand, suédois, français et bien d'autres langues.

Elle apparaît pour la première fois sur la scène littéraire française en 1993 avec Le Voleur de vie, publié chez Flammarion et adapté au cinéma par Yves Angelo en 1998. En 1995, Steinunn Sigurðardóttir obtient le Prix national de littérature islandais pour son roman La Place du cœur, paru aux éditions Denoël en 2000. Depuis 2008, ce sont les éditions Héloïse d'Ormesson qui défendent l’œuvre de la romancière : Le Cheval Soleil (2008), repris en poche en 2011, Cent portes battantes aux quatre vents (2011) et plus récemment Yo-Yo, récit drôle et subtile de la volonté de guérir tous les types de maux.

Lire Steinunn Sigurðardóttir

C'est bien connu, les habitants de l'Islande lisent beaucoup. Il semble que sur cette île, située à mi-chemin entre l'Europe et les Amériques, la tradition littéraire existe depuis aussi longtemps que les hommes du Nord ont décidé de s'y installer ; comme si les récits, en commençant par les sagas, réchauffaient autant les intérieurs qu'un feu de bois. L'Islande serait donc « un petit paradis littéraire » où vit un grand nombre d'écrivains.

Lire un roman de Steinunn Sigurðardóttir enseigne, fait réfléchir, éduque. L'intrigue commence souvent dans l'intimité d'un narrateur à la première personne mais les thèmes abordés n'en sont pas moins ouverts sur le monde. Les personnages portent un regard critique sur leur société, qui s'exprime au moyen d'un humour grinçant et délicat à la fois. Les phrases sont brèves et honnêtes, à l'image des personnages. L'alternance de paragraphes courts et de paragraphes longs rappelle que la romancière est aussi poétesse, bien que sa poésie ne soit pas encore traduite en français. La cohérence et l'unité de son œuvre traduisent sa fréquentation approfondie des grands auteurs – aucun « Double Travail » ne trouble la lecture. Et de la même manière que le détail d'un souvenir – un yo-yo par exemple – peut attirer toute votre attention, les mots choisis par l'auteure ne sont jamais le fruit du hasard et portent un sens bien spécifique le long de chaque ouvrage.

Les livres de Steinunn Sigurðardóttir, c'est leur mérite, restent à la portée de tous. Le lecteur sourit ou rit aux pages impaires et s'émeut aux pages paires – ou peut-être est-ce l'inverse – et ouvre les yeux sur le monde qui l'entoure.

 

Événements

Cycle de trois conférences accueillie par la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg.

  • Lire les lignes. Littéralement Godot. | Selon Tzvetan Todorov, lorsque Kafka écrit « château », il veut dire château. Lorsque Vladimir et Estragon se surnomment invariablement Didi et Gogo, surnoms féminins, qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Lorsque Didi et Gogo parlent de leur « lune de miel », entendent-ils lune de miel ? Il en va ainsi tout au long de la pièce, entraînée par un fort courant d'allusions et de remarques explicites quant à la nature des relations entre Didi et Gogo. Ma relecture, il y a deux ans, d'En attendant Godot m'a totalement prise au dépourvu, bien que je connaisse déjà bien la pièce de Samuel Beckett. Aujourd'hui, je souhaite surprendre grâce à ce que j'ai découvert en lisant les lignes – et non pas entre les lignes – dans l'esprit, je l'espère, de la réflexion de Tzvetan Todorov sur Le Château de Kafka.
     
  • Deux orphelins, frères improbables : Hans Castorp et Olafur Karason | Ólafur Kárason, le héros poète du superbe roman Lumière du monde d'Halldór Laxness, m'est apparu par erreur à l'âge tendre de mes cinq ans. Ólafur allait devenir l'un de mes plus proches compagnons de voyage au fil des ans. Hans Castorp, le héros de La Montagne magique de Thomas Mann, m'a trouvée pour la première fois quand j'avais vingt ans. Et une nouvelle fois trois décennies plus tard. C'est seulement à ce moment-là que j'ai compris que ce couple étrange et improbable, Ólafur Kárason et Hans Castorp, était en réalité si profondément lié qu'ils pourraient être qualifiés d'âmes sœurs littéraires. La première chose qui les unit est leur condition d'orphelins. Le protagoniste orphelin a un statut particulier. L'auteur acquiert alors la possibilité de devenir une sorte de beau-parent pour son héros, avec des possibilités bien plus grandes d'élever sa progéniture littéraire qu'il ne pourrait élever ses propres enfants — disposant, eux, de vrais parents. Et l'on peut sans aucun doute considérer La Montagne magique, entre autres, comme un « Bildungsroman », un roman d'apprentissage. Je me pencherai sur les liens possibles entre Halldór Laxness et Thomas Mann, deux grands maîtres du XXe siècle et lauréats du prix Nobel. Bien que leurs styles d'écriture soient loin de se ressembler, ils ne perdent jamais leur ironie, non plus que leur vive sensibilité humoristique, dont l'absurde n'est jamais bien loin. Ólafur Kárason et Hans Castorp sont tous les deux des poètes. Le second le devient lors de sa superbe et inégalable déclaration d'amour à Madame Chaucat. Et ils sont unis par leur naïveté, leur bonté et leur amour, le genre d'amour qui rend la mort insignifiante. Peu importe la pauvreté et le provincialisme du héros islandais, la richesse et le statut bourgeois du héros allemand : le panorama de leur vie présente malgré tout une forte ressemblance, caractérisée par un silence et une solitude immenses ainsi que par la blancheur de mort des neiges alpine et islandaise.
     
  • Le superbe enfer d'Edith Södergran | « La poétesse suéco-finlandaise Edith Södergran, décédée en 1923 à l'âge de 31 ans, n'a jamais cessé de surprendre les amoureux de la poésie par son intensité et son originalité. Elle était une pionnière de la poésie moderne en langue suédoise – très avant-gardiste. Sa proximité avec de nombreuses langues a sans doute également contribué à sa brillante production littéraire. Edith Södergran est allée à l’École allemande de Saint-Pétersbourg et parlait donc couramment l'allemand, ainsi que le russe et le français. Elle a d'abord écrit en allemand, et c'est seulement plus tard qu'elle commença à écrire dans sa langue maternelle, le suédois. Lorsque j'ai lu un soir le poème à voix haute – dans la charmante traduction de Régis Boyer – à mon compagnon compositeur, et que lui et moi l’avionsdéjà lu et entendu de nombreuses fois en suédois et en allemand, j'ai pensé que la clé de l'enfer d'Edith était trouvée. Dans ma conférence, j'utiliserai cette clé pour ouvrir cet espace infernal – un lieu qui ne serait en réalité pas du tout l'enfer, mais un lieu surélevé, aux dimensions du paradis. Un espace que la poétesse ne semble pas apprécier, qu'elle traite avec scepticisme et sarcasme poétique. » St. S.

 

Cycle d'ateliers 

avec les étudiants du Département des langues

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