Un colloque intitulé « Faut-il désespérer de la fiction ? Aux frontières de l'empathie : Perspectives esthétiques, écologiques et éthiques » aura lieu du mardi 9 au mercredi 10 juin à la Maison Interuniversitaire des Sciences sociales et des Humanités d'Alsace (MISHA).
Au cours des dernières années, et dans le sillage du « tournant éthique », la littérature s’est trouvée parée de nouvelles vertus, qui résultent de la conviction qu’elle serait à même d’accroître la sensibilité, l’émotion, l’empathie spontanée ; voire, dans des termes qu’Alexandre Gefen emprunte à Maylis de Kerangal, de « réparer le monde » (Gefen, 2017). L’objectif de ce colloque est de questionner le double présupposé qui sous-tend de telles assertions : à savoir que l’empathie serait toujours bonne, pour l’objet comme pour le sujet de la compassion, et qu’elle serait nécessairement efficace, c’est-à-dire dotée d’effets concrets au niveau de la scène de lecture individuelle et collective.
Pour cela, il fait le pari de donner la préférence à des cas fictionnels, en partant de l’hypothèse que la moindre efficacité des émotions de la fiction (Lavocat, 2016 ; Jouve, 2019) en fait justement un terrain idéal pour rendre visible et/ou tester de nouveaux usages littéraires de l’empathie, à distance de l’injonction compassionnelle à laquelle ceux-ci sont parfois réduits.
Peut-être le pouvoir de la fiction ne réside-t-il pas seulement, ou pas uniquement dans sa capacité à élargir et à augmenter le cercle de l’imagination morale, que dans son aptitude à mettre à l’épreuve les « limites de l’empathie » (Rabaté, 2024) afin d’ouvrir un espace de débat éthique où la signification, la valeur et les risques de cette expérience morale sont interrogés.