Jean Cavaillès : mémoire d’un lieu, d’un homme, d’une université

"Cavaillès c'est la logique de la résistance vécue jusqu'à la mort"

Georges Canguilhem  – frère d'armes dans la résistance, puis professeur d'épistémologie à l'Université de Strasbourg.

Jean Cavaillès (1903-1944)

Après une formation universitaire de haut niveau en France et plusieurs séjours dans les universités allemandes dans les années 1930, Jean Cavaillès devint un brillant philosophe, logicien et mathématicien.
Devenu enseignant à l’Université de Strasbourg, sa jeune vie professionnelle fut bouleversée en raison de la guerre et émaillée d’actes de bravoure pour défendre la liberté des Français. Arrestations et évasions à son actif, il resta un résistant engagé et convaincu jusqu’à sa dramatique fin, comme il le fut en continuant d’exercer ses talents de philosophe et de logicien après avoir rallié à nouveau l’Université de Strasbourg, repliée depuis le début de la guerre à Clermont-Ferrand.
Sa résistance à un système totalitaire n’entama pas pour autant les souvenirs et l’intérêt pour la vie allemande qu’il avait connu avant-guerre. Aussi quel plus bel hommage pouvait-il lui être rendu que de donner son nom à un amphithéâtre de l’université de ses premiers pas d’enseignant, au cœur d’une ville, qui se voulait redevenir le symbole de réunification des deux pays un temps ennemis.

Crédit photo : "Collection Bnu de Strasbourg"

Dates importantes

  • 1903 : Naissance à Saint-Maixent (Deux Sèvres)
  • 1923 : Diplôme de l’École Normale Supérieure
  • 1926 : Licence de mathématique
  • 1927 : Agrégation de philosophie
  • 1938 : Soutenance de ses deux thèses
  • 1938 : Maître de conférence à l’Université de Strasbourg en logique et philosophie générale
  • 1939 : Septembre / Mobilisation à Forbach
  • 1939 : Novembre / Reprise de son poste de Maître de conférence à l’Université de Strasbourg, repliée à Clermont-Ferrand
  • 1940 : Fin d’année / Co-fondation de Libération-Sud
  • 1940 : 18 mars / Professeur de méthodologie et de logique des sciences à la Sorbonne
  • 1941 : Fin d’année / Fondation de Libération-Nord
  • 1942 : Fondation du réseau Cohors
  • 1943 : 28 août / Arrestation pour contre-espionnage
  • 1944 : Février / Fusillé à Arras et inhumation anonyme
  • 1945 : Exhumation du corps et transfert dans la crypte de la Sorbonne
  • 1967 : 9 mai / Inauguration de l’Amphithéâtre 1 de l’Université de Strasbourg au nom de Jean Cavaillès
  • 2013 : 8 novembre / Inauguration de l’Amphithéâtre Cavaillès rénové.

Amphithéâtre Jean-Cavaillès, mémoire d’un lieu, d’un homme, d’une université

À l’occasion des travaux de rénovation* de l’amphithéâtre Jean-Cavaillès, l’Université de Strasbourg revient sur la mémoire d’un lieu, à travers celle d’un homme, en évoquant celle de toute une université.

Dès son inauguration en 1967, cet amphithéâtre de 600 places, installé au cœur du nouveau bâtiment que l’université a construit pour les sciences humaines, reçoit de manière emblématique le nom du philosophe et résistant Jean Cavaillès. A peine un an plus tard, en mai 1968, il est le témoin des grèves, des occupations et des barricades des mouvements étudiants, qui marquent l’un des plus profonds changements de l’université au xxe siècle. Puis les rentrées universitaires s’enchaînent, les sessions d’examens, les colloques et conférences, les spectacles et ciné-clubs en soirées. Ses bancs se patinent, les slogans fleurissent sur une architecture innovante des années 1960.

Comme un monolithe imperturbable posé au cœur du campus et du nouveau quartier de l’Esplanade, en plan, pas tout à fait rond, il est tel un œil qui observe. Cette forteresse de marbre sombre, qui a couvé des générations d’étudiants, d’enseignants, qui a forgé tant de concepts et nourri de nombreuses revendications, a aussi été un théâtre de la connaissance, une turbine à idées et le poumon infatigable de l’université des sciences humaines.

Engagé pour le savoir et son partage, engagé dans son temps, ce lieu est à l’image de celui qui le patronne. Au-delà d’un simple nom sur un fronton d’amphithéâtre, Jean Cavaillès concentre les valeurs que l’université porte. Grand intellectuel et chef de file de la résistance, il a écrit et combattu avec conviction. Raviver sa mémoire aujourd’hui, c’est rappeler que l’université forme aussi à la citoyenneté. La remise à neuf, quasi à l’identique, de l’amphi est une manière de rappeler à notre mémoire les valeurs portées par Cavaillès et par l’histoire de ce lieu et une invite à continuer de les défendre dans le futur.

Le vendredi 8 novembre 2013, le Service universitaire de l’action culturelle, associé au Jardin des sciences, à la Mission Campus et au Service de la communication de l’Université de Strasbourg, dans le cadre de la commémoration de la rafle du 25 novembre 1943, propose de parcourir cette mémoire. Différentes approches, scientifiques et artistiques, sont mobilisées pour envisager tous les futurs : conférence (Hourya Benis-Sinaceur), exposition (SUAC et JDS), performances danse (Cie L’UnDesPaonsDanse), lecture (Jean Lorrain), théâtre (Nadia Foisil), installation lumière (collectif Seuil-Lab), projection cinéma (L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville, présenté par Michel Cieutat), installation sonore (Pauline Desgrandchamp) et photographique (Pierre Filliquet).

*La rénovation de l’amphithéâtre a été rendue possible grâce aux financements de l’Opération campus et à l'implication forte des directions du patrimoine immobilier (DPI), des usages numériques (DUN)  et des affaires logistiques et intérieures (Dali). Cette transformation avait pour ambition de retrouver l'esprit initial en conservant certains éléments et l'organisation générale de l'espace. Désormais, les étudiants et enseignants ont accès à un nouvel équipement aux normes : accessibilité, électricité, ventilation/climatisation. L’amphi est aussi doté des nécessaires outils numériques modernes.

L'amphithéâtre Jean-Cavaillès rénové

Appel à contribution : vers la construction de l'identité sonore de l'amphithéâtre Jean-Cavaillès

Pour aller plus loin dans l’exploration de l’espace sonore de l’amphithéâtre Cavaillès, le Service universitaire de l’action culturelle propose de participer à l’élaboration d’un sonorama participatif autour des « SONS EN Creux » de ce lieu emblématique de l’Université de Strasbourg ; une approche pédagogique et un processus de conception design de l’utilisation d’enregistrements de terrain.

Le Service universitaire de l’action culturelle, associé à Radio En Construction et Le Bruit qu’ça coûte, lance un appel à contribution afin de faire évoluer le patrimoine immatériel de l’université, à savoir ici les captations sonores réalisées entre les année 2012 et 2013 autour des « SONS EN Creux », faits sonores capturés dans l’amphithéâtre Jean-Cavaillès.

Fondé sur un protocole narratif visant à faire dialoguer trois typologies de faits sonores, l'intérêt de la proposition est de permettre la comparaison entre chaque contribution. Un kit créatif est ainsi proposé reliant une bibliothèque de fichiers wav à ce protocole.

Le projet SONS EN Creux

Dans le cadre de l’exposition « Jean Cavaillès, mémoire d’un lieu, d’un homme, d’une université », une installation sonore (borne multimédia) de Pauline Desgrandchamp et Hervé Kruchten propose de s’immerger dans une narration temporelle et sonore composée de bruits du quotidien de l’amphithéâtre Cavaillès. Associée par la borne multimédia à la proposition photographique de Pierre Filliquet, l’idée générative est de construire une mise en scène sonore actionnant un scénario visuel.

Plus concrètement, il s’agit de proposer un jeu d’écoute augmentée autour des SONS EN Creux du bâtiment en jouant sur la combinaison de bruits enregistrés (fait sonore off), d’interviews et de bruits ambiants captés en direct durant l’inauguration (fait sonore in) permettant finalement de présenter une interprétation de l’identité sonore du lieu...

En audio-vision dans le hall du Patio, du 12 novembre au 20 décembre 2013, borne multimédia.

Le kit créatif proposé :

Le kit créatif vous permet à votre tour de concevoir votre interprétation de l’identité sonore de l’amphithéâtre Cavaillès.Télécharger le kit créatif sous la forme d’un dossier zip regroupant la bibliothèque de fichiers wav et le protocole narratif fondant la trame narrative. La création sonore devra être envoyée par mail ou via wetransfer à redaction@radioenconstruction.com avant le 26 janvier 2014

Une sélection des œuvres sera diffusée dans le cadre de la Semaine du son du 2 au 9 février 2014.

Document(s) à télécharger

Téléchargez le kit créatif

Les auteurs :

Pauline Desgrandchamp est designer, scénographe sonore indépendante et doctorante au laboratoire ACCRA EA 3402 de l’Université de Strasbourg depuis 2011, sous la direction de Pierre Litzler (professeur HDR au laboratoire ACCRA) et de Philippe Woloszyn (chercheur CNRS au laboratoire ESO de Rennes). Son travail de recherche fondamentale « la plasticité et la narrativité du fait sonore dans une approche design » a pour objectif de théoriser les concepts, les méthodes et les processus de conception d’un design qui par une plasticité narrative contribuerait à raconter le monde. Sa recherche appliquée menée en collaboration au sein de la Direction de la Culture de la Ville de Strasbourg par un contrat doctoral Cifre tente de démontrer les potentialités de l’outil sonore dans un dispositif scénographique de la ville. Elle travaille essentiellement sur la notion d’identité sonore urbaine en termes de design et d’application en construisant des protocoles narratifs visant la création de pièces radiophoniques et l’organisation de parcours sonores immersifs dans la ville.

En 2013, elle a participé à l’école d’hiver du CRESSON sur la thématique du « patrimoine des villes européennes ».

 Articles en cours de publication :

  • « Le design comme levier d’action sonologique de l’urbain » dans l’ouvrage Soundspace, laboratoire ESO, éditions des PUR. 2014
  • « Le designer des sons de l’urbain, vers une écriture scénophonique de la ville » dans l’ouvrage Design et processus de conception, laboratoire ACCRA, éditions L’Harmattan. 2016

Hervé Kruchten, compositeur, arrangeur et artiste performeur ,explore les sonorités électroacoustiques depuis 2000. Il participe à la fondation du collectif strasbourgeois « Les enfants de la pluie » en 2006 et se produit dans diverses soirées sous le pseudonyme « Polemik Viktor ». Depuis 2010, il enseigne la Musique Assistée par Ordinateur dans des écoles de musique ou des structures éducatives du Bas-Rhin. Dès ses débuts, il considère la musique comme une modulation sonore jouant sur les émotions, et décide de créer chaque son qu'il utilise dans ses compositions, dans un premier temps uniquement de manière électronique, puis électroacoustique. C'est en coopérant,en 2011, en tant qu'arrangeur son, avec la compagnie « Le théâtre des amants » pour la pièce « Question ordinaire » qu'il découvre un réel engouement pour l'illustration sonore. Dès lors il se spécialise dans la captation sonore studio et de terrain (field recording), et crée des œuvres musicales grâce à un assemblage instinctif de sons enregistrés. Aujourd'hui, il réalise des structures sonores, sur le principe de la lutherie expérimentale, qu'il utilise ensuite dans ses compositions ou lors de performances live.

En 2013, il anime l’atelier « Découverte sonore » sur la presqu'île Malraux dans le cadre du festival « Edge Fest » organisé par Alsace Digitale et Le Shadok, et participe à la réalisation du projet « SONS EN Creux »

Juin 2013 : « L'antre du sorcier » par Polemik Viktor sur le label parisien « Marasm ».