La tapisserie part en balade

Cosmos, monumentale pièce tissée signée Robert Wogensky et acquise par l’université à la fin des années 1960, a été décrochée de son emplacement historique du 15e étage de la Tour de chimie. Direction la capitale de la tapisserie, Aubusson (Creuse), pour un nettoyage bien mérité.

La tapisserie, aux dimensions monumentales, ornait la salle de réunion située au sommet de la Tour de chimie. Crédit photo : Elsa Collobert

« Magnifique, mais décolorée. » Ce sont les mots du restaurateur Jean-Marie Dor, de la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson, lorsqu’il découvre « en conditions réelles » Cosmos, de Robert Wogensky. L’œuvre monumentale – 3 mètres sur 9 – tissée par des mains expertes dans un atelier d’Aubusson, il y a près de cinquante ans, va regagner pour quelques semaines sa ville d’origine.
« Le nettoyage de cette œuvre était devenu plus que nécessaire », explique Sophie Hedtmann, chargée du patrimoine au sein du Service universitaire de l’action culturelle (Suac). Quarante-neuf ans (la tapisserie date de 1968) d’exposition prolongée au soleil, des baies vitrées latérales éclairant cette salle du conseil de la Faculté de chimie, ont grandement altéré la qualité du tissu. Mais également ses caractéristiques artistiques : « Le brun d’origine est devenu vert », confirme Jean-Marie Dor d’un œil expert, tout en retournant la pièce : « Voilà les couleurs et la texture d’origine, conservés à l’arrière ! »

Patrimoine immatériel de l’Unesco

Les couleurs d'origine, bien visibles sur l'envers de la tapisserie. Crédit photo : Elsa Collobert

Qui de mieux qu’un spécialiste de la tapisserie, venu spécialement de la cité-maîtresse de ce savoir-faire, classé au patrimoine immatériel de l’Unesco, pour apprécier et tenter de sauver cet héritage ? « Dans les années 1960 et 1970, la commande publique était friande de ce type d’œuvres », raconte le spécialiste (lire encadré ci-dessous), tout en relevant « le caractère exceptionnel de Cosmos, du fait de ses dimensions et de son auteur. Malheureusement, les conditions de conservation n’ont pas toujours été optimales. »

Après un diagnostic et des tests sur les fibres « pour vérifier que les couleurs ne migrent pas », la tapisserie sera nettoyée à l’eau claire et aux tensioactifs. « Un travail d’une journée. » Il lui faudra ensuite encore huit heures pour sécher. Une fois de retour à l’Université de Strasbourg, elle sera exposée au public une fois le futur Studium ouvert. Un emplacement spécial a d’ores et déjà été réservé dans la future bibliothèque-Maison de l’étudiant de l’université, témoin du riche héritage de l’université dans son équipement dernière génération. Raison pour laquelle le montant du nettoyage (7 000 €) est assuré à parts égales par le Suac et l’Opération campus.

La tapisserie, une fois déposée. Crédit photo : Elsa Collobert

Interview de Jean-Marie Dor

Le restaurateur de la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson nous explique comment la tapisserie va retrouver ses couleurs d'origine.

Le « 1 % artistique », la touche d’art des lieux publics

Information importante

Collèges, lycées, universités, préfectures… De nombreuses œuvres d’art se cachent ou s’exposent dans ces établissements publics. A l’origine, un dispositif dénommé « 1 % artistique », imaginé par le gouvernement du Front populaire (1936). Son but : soutenir les artistes et initier la population aux formes d’arts contemporaines, en allouant une partie du budget des constructions publiques à des œuvres artistiques. Appliquée à partir de la IVe République, cette procédure ne prendra réellement forme que dans les années 1960, sous le ministère d’André Malraux. À l’Université de Strasbourg, où le décret a été partiellement appliqué, la majorité des œuvres datent des années 1960-1970 et des années 1990-2000. C’est le Service universitaire d’action culturelle (Suac) qui en a la responsabilité.