Manon Tendil, la princesse de l’écriture

Tiercé gagnant pour Manon Tendil : à 24 ans, l’étudiante en droit est lauréate de deux concours de littérature organisés par l’Université de Strasbourg. Surtout, sa suite du Petit Prince de Saint-Exupéry a été retenue comme coup de cœur de l’astronaute Thomas Pesquet. Limitée à une seule page par le règlement du concours, elle nous dévoile la version intégrale de son texte.

« Il se dégage de ce texte une profonde poésie, entre mélancolie et espoir » : dans une vidéo postée le 12 avril, Thomas Pesquet, l’astronaute star de la Station spatiale internationale − et des réseaux sociaux − annonce que le texte de Manon Tendil est l’un de ses deux coups de cœurs.
Cette vidéo, Manon ne l’a pas vue tout de suite. « Le jour où les résultats sont tombés, j’étais avec mes parents, en visite dans la région. » Alors en pleines révisions, l’étudiante en master de droit ne comprend d’abord pas quand un journaliste de 20minutes lui annonce par téléphone qu’elle est l’un des deux coups de cœur de Thomas Pesquet. « J’étais déphasée, je croyais qu’on m’appelait pour les examens, ou que c’était une blague. » Les dates des résultats du concours étant annoncées pour plus tard, « je ne pensais plus à ça ! Pour y croire, j’ai regardé la vidéo, puis le journaliste m’a rappelée ». Le soir même, elle doit plusieurs fois interrompre sa conversation avec une amie dans un bar : « Mon portable n’arrêtait pas de sonner ! » France Bleu Alsace, l’AFPRTLStrasTV… Le ballet des interviews a duré plusieurs jours. « Je suis même passée au JT de 13 h de Jean-Pierre Pernaut… pour le plus grand bonheur de ma grand-mère ! » sourit la jeune femme.

8 000 textes de 78 pays

L’étudiante strasbourgeoise de 24 ans a su trouver les mots pour tirer son épingle du jeu parmi les 8 000 textes envoyés par autant de jeunes de moins de 25 ans, issus de 78 pays : en 2 505 signes, elle met en scène avec justesse un larmoyeur, qui s’occupe « des chagrins du monde ». Bassin des genoux écorchés, lac des disparus, cascade de la colère et de l’injustice… Chaque chagrin a son espace sur la planète du larmoyeur, comme le constate le Petit Prince, non sans poser de questions.
Malgré les apparences, Manon confie avec sincérité « ne pas avoir une imagination formidable. Je n’écris pas pour moi, mais au gré des concours sur lesquels je tombe ». Une stratégie gagnante, puisque jusqu’à présent, elle les a tous remportés : d’abord le prix Louise-Weiss de littérature étudiante, en avril 2016, grâce à sa nouvelle Je suis dans le tram, publiée depuis dans un recueilElle confiait alors l’avoir écrite « à la dernière minute, sans même me relire ». Elle enchaîne, en novembre, avec Sur un air de Scott Joplin, premier prix du concours d’écriture du Service relations Alumni de l’Unistra. Sa dernière participation ? « Le concours de nouvelles Ascodocpsy », dont les résultats seront dévoilés en juin. « Mais là, il y a du niveau… »

« Du bien au moral »

Loin d’avoir pris la grosse tête ou revu ses plans de carrière depuis l’annonce du 12 avril, Manon confesse bien volontiers « être en train d’étendre du linge ! » lorsqu’on la contacte pour l’interviewer. Elle reconnaît toutefois apprécier « cette reconnaissance pour quelque chose que, finalement, je dois bien faire ! Même en sortant de la bibliothèque universitaire, d’autres étudiants viennent me parler pour me féliciter, demander à lire mon texte, me dire qu’il les a touchés… Ça fait du bien au moral ! » Et puis, elle l’accorde : « Même si j’ai besoin d’un sujet imposé pour guider ma plume, l’écriture me permet de m’exprimer. Bien loin de mes études de droit qui, il faut bien le reconnaître, formatent la pensée... C'est un espace de liberté ! »

Elsa Collobert

Le larmoyeur : version intégrale

Plus d'information

« Comme la plupart de mes textes, Le larmoyeur, je l’ai écrit d’une traite. La première version, j’en étais plutôt satisfaite. Je l’ai fait découvrir à mes proches, famille et amis, qui étaient du même avis. Mais le concours nous imposait un format limité et j’ai dû le réduire, ce qui était très frustrant. Je vous propose de découvrir ici la version intégrale. »