Derrière l’humour potache, une réflexion acérée

Prenant pour point de départ l’actuelle campagne présidentielle, la pièce Tant de cerveau disponible, interprétée par des étudiants et doctorants en neurosciences*, vous conduit dans les méandres du fonctionnement cellulaire cérébral. Accrochez vos ceintures : le voyage secoue les méninges et déride les zygomatiques !

Une perruque blonde, une fausse moustache, des chaussures haut perchées et un dentier vite éliminé par souci d’élocution : il en faut peu aux comédiens de Doctoneuro pour répéter. « L’une des comédiennes dispose d’une valise pleine de costumes, et les globules seront facilement identifiables à leur tee-shirt rouge ou blanc », explique Laurent Nexon, docteur en neurosciences employé par le réseau Neurex et l’Université de Strasbourg. Plutôt que de s’attacher aux costumes, il préfère miser sur des dialogues bien ficelés. Calembours, blagues potaches, facéties à tiroir et métaphores filées, c’est lui.

À ses côtés, Nora Salaberry, metteur en scène et doctorante à l’Institut des neurosciences cellulaires et intégratives (Inci), pose son regard aguerri sur le jeu des acteurs. Tant de cerveau disponible est la troisième pièce qu’ils montent ensemble. Baptiste Letellier l’un des comédien et également doctorant à l’Inci, s’occupe des habillages musicaux. Une vraie troupe d’amateurs – au sens noble du terme ! « Même si, depuis qu’on a commencé à jouer l’année dernière sur la grande scène du Vaisseau, on a pris le goût du luxe ! » glisse Laurent.

Bulletin météo à la sauce neuronale

Une fois les quinze membres de l’équipe réunis et passées les discussions d’usage très orientées neurosciences – « Je te jure que tu apprends mieux ton texte sur des post-it jaunes que roses, c’est prouvé », la répétition peut commencer…
En pleine scène de ménage, Fifi la fibre musculaire et Dylan le neurone moteur se font rapidement éclipser par un flash spécial du journal télévisé. Gravité de circonstance dans la voix, la présentatrice annonce une terrible nouvelle : un attentat à la vésicule piégée a tué un millier de jeunes neurones dans les régions cérébrales de Wernicke et Broca. On soupçonne les globules rouges extrémistes de la CGTR (Confédération générale des globules tout rouges). L’inévitable expert, Maniac Lesguy, est convoqué. Surtout, le président neuronal, en pleine campagne pour sa réélection, s’exprime : « Une enquête sera diligentée avec diligence pour faire la lumière sur cette affaire », annonce Bill Goulot. Cette diction familière… Ces pauses… Oratoires ? Ou le président souffre-t-il d’aphasie (trouble du langage, à ne pas confondre avec l’aplysie, limace de mer). C’est ce que soupçonne l’agent spécial pathogène du FBI (Bureau fédéral d’immunologie), dépêché sur place pour étouffer l’affaire. Le décor est planté : vie politique française et traitement médiatique servent de toile de fond à une analyse de la fonction du langage. À coup de digressions graisseuses, lapsus impromptus et autre bulletin météo à la sauce neuronale. Truculent. Sans compter que, tapies dans leur coin, Margarine Le Pen et sa concurrente Aboudgra Bagdadi, entourées de leurs fidèles lieutenants, attendent leur heure…

Elsa Collobert

Tant de cerveau disponible, représentations vendredi 24 mars et samedi 25 mars, au Vaisseau (complet) et samedi 8 avril, au café-théâtre Les Sheds, à Kingersheim (sur réservation)

* Dans le cadre de la Semaine du cerveau et du Mois de la santé et de la recherche médicale en Alsace de l’Inserm

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