Shigeru Ban, un « architecte précieux pour notre temps, inscrit dans son époque »

Spécialiste des situations de crise, penseur d’une architecture en continuelle re-construction… Le Japonais Shigeru Ban est un concepteur « essentiel » explique Pierre Litzler, directeur de la Faculté des arts, responsable du master Design de l’Université de Strasbourg et lui-même architecte.

En France, Shigeru Ban est surtout connu comme l’auteur du Centre Pompidou Metz, et comme le lauréat 2014 du Pritzker, considéré peu ou prou comme le Nobel de l’architecture…

C’est vrai, mais pour autant, son œuvre est loin de se limiter à cela. Après le tremblement de terre de Kobé, en 1995, il imagine une solution innovante pour les survivants. Tubes de carton (« âmes » des rouleaux de papier d’imprimerie) et caissettes de bière, matériaux disponibles sur place et peu onéreux, servent de base à la structure d’habitations, pour les murs et les fondations. Trois énormes avantages : les matériaux légers ne causeront pas davantage de victimes en cas de répliques, les maisons peuvent être montées par les rescapés, dans le périmètres de leurs maisons et de leurs biens qu’ils ne sont ainsi pas obligés de quitter.

Affiche de la conférence de Shigeru Ban

Architecte conseiller auprès du Haut-commissariat des Nations Unies aux réfugiés entre 1995 et 1999, Shigeru Ban s’illustre encore sur des terrains de crise comme la Turquie, Haïti, L’Aquila en Italie, ou encore la Nouvelle-Zélande. Il y réalise une cathédrale « de transition » (photo de l’affiche) après le séisme de 2011. À chaque fois, la même ambition de trouver des solutions innovantes, à partir d’une économie de matières et de structures (carton, bambou, ficelle, etc.).

Peut-on pour autant le réduire à ce rôle d’architecte « humanitaire », voire « humaniste » ?

Les réalisations « de crise » de Shigeru Ban apportent certes des solutions immédiates, mais sont sous-tendues par toute une réflexion de durabilité dans l’avenir. Une façon de penser de manière essentielle, que l’on retrouve aussi dans des réalisations telles que la Furniture house, où le mobilier devient la structure même des murs et de la maison, ou encore de la Naked House, où tous les éléments sont déplaçables à l’envi, afin de créer une appropriation totale de l’espace. Autant de concepts architecturaux novateurs, quasiment révolutionnaires.

Comment s’est passée l’organisation de la venue de Shigeru Ban à Strasbourg ?

C’est en fait Shigeru Ban qui a exprimé le souhait de venir ici. La rencontre a donc été organisée par l’université, via l’entremise du consul général du Japon et de la Maison universitaire France-Japon. Le Conseil de l’Europe a ensuite proposé d’accueillir l’événement, afin de lui donner encore davantage d’ampleur. À ces partenaires s’ajoutent l’École nationale supérieure d’architecture de Strasbourg et la Maison européenne de l’architecture et l’Ordre des architectes.

Pour quel public ?

Avec une conférence hébergée par le Conseil de l’Europe, qui nous fait bénéficier de son hémicycle et de ses installations de traduction* (la conférence est en japonais, traduit simultanément en français et anglais), nous espérons accueillir bien entendu le traditionnel public universitaire, étudiants au premier titre, mais aussi des Strasbourgeois de façon plus large. D’ailleurs, les 1 000 places de l’hémicycle seront bientôt toutes réservées !

*Avec le soutien des IdEx

Les œuvres de Shigeru Ban en images

Information importante

Conférence de Shigeru Ban « Works and humanitarian activities », jeudi 3 décembre 2015, à 19 h 30.

Entrée gratuite, sur inscription en ligne.