Sport, santé et précarité : une équation à plusieurs inconnues

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05/04/16

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L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) préconise une heure d’activité physique ou sportive par jour pour les enfants et trente minutes pour les adultes. Une recommandation suivie par tous ? Rien n’est moins sûr… L'équipe de recherche Sports et sciences sociales s’est intéressée aux pratiques des quartiers populaires, en France et ailleurs.

© Agence pour l'éducation par le sport (2012)

C’est un constat. Les politiques publiques de prévention de la santé par les activités physique et sportives (APS), relayées par des plans nationaux tels que Manger Bouger en France, souffrent d’un défaut de sensibilisation auprès des classes sociales défavorisées. « Il existe un décalage entre ces recommandations de bonnes conduites, diffusées par des classes sociales aisées, et les catégories socioprofessionnelles plus modestes. », confirme Gilles Vieille-Marchiset (1), responsable du programme de recherche Idex Apsapa(2). « Ces injonctions normatives exposent par ailleurs ces populations à une forme de stigmatisation axée sur l’image du corps et du bien-être. »

Pendant 42 mois, l’équipe en sciences sociales du sport a étudié la perception de la santé par les APS au sein de six quartiers populaires des villes de Strasbourg, Naples, Fribourg et Fribourg-en-Brisgau. Une investigation européenne donc, car si les recommandations de l’OMS sont claires, les arguments médiatiques changent d’une frontière à l’autre. Tour à tour, les publics sont interpellés sur le problème de l’obésité infantile, l’importance d’une alimentation équilibrée, les bénéfices du sport, ou des activités physiques régulières (moins contraignantes), exercées individuellement ou encore en famille…

Des normes diffuses et des réalités nuancées

Au cœur des quartiers ciblés, les enquêteurs-chercheurs ont sollicité les élèves des écoles primaires (8-10 ans). Réunis en petits groupes de discussion, chacun était invité à parler de ses activités extrascolaires et réagir sur la notion de santé, avec quelques surprises. « En France, les enfants connaissent par cœur les slogans publicitaires de type "cinq fruits et légumes par jour" » s’amuse Sandrine Knobé, ingénieure de recherche et coordinatrice de l’étude dans le quartier de Hautepierre à Strasbourg. Mais les discours sont aussi nuancés. « Par exemple les élèves français et allemands font souvent référence au rire et l’amusement lorsqu'ils parlent de bonne santé, alors que ces notions sont quasi inexistantes en Suisse et en Italie », poursuit-elle.

Enfin, les activités physiques extérieures restent dépendantes de la réalité du quartier. L’un des cas les plus critiques concerne celui de Ponticelli, à Naples, où les enfants ne sortent que pour aller et revenir de l’école, car la pollution urbaine environnante révèle de sérieux problèmes de santé publique. « Très souvent, les campagnes de promotion santé sont ignorées lorsqu’elles atteignent ces quartiers, car elles ne représentent pas du tout le cadre de vie », explique Gilles Vieille Marchiset.

Des accommodations sociales à mi-chemin entre contraintes et ressources

Pour autant, les parents se mobilisent, essentiellement à l’initiative des mères et selon la situation sociale et économique du foyer. « Il y a peu de passivité, insiste le chercheur, quand elles le peuvent, les mères adaptent leurs quotidiens en fonction des ressources disponibles pour favoriser la santé de leurs enfants ». Dès lors, sortir du quartier pour rejoindre des parcs, aller à la piscine, partir à vélo en famille, se renseigner ou s’entraider deviennent les manifestations non plus des messages de prévention santé, mais d’une accommodation sociale et située.

Les résultats d’enquêtes, présentés et partagés avec des partenaires publics et politiques lors de la conférence de clôture de l’Apsapa le 4 mars dernier, démontrent l’utilité d’une ingénierie sociale pour la promotion de la santé par les APS, c'est à dire des actions réfléchies et menées en concertation avec les quartiers populaires. « Aujourd’hui, l’intervention publique est encore trop généralisée, elle devrait être adaptée à chaque milieu », constate Gilles Vieille Marchiset, et de conclure : « Penser global, agir local ! »

Guillaume Thépot


(1)    Professeur des universités à la faculté des sciences du sport, directeur de l’équipe de recherche Sport et sciences sociales (E3S – EA1342)

(2)    Activités physiques et prévention/promotion de la santé : une injonction normative à l’épreuve de la pauvreté en Europe (Idex Attractivité 2012 – 2016)

Crédit photos: Agence pour l’éducation par le sport (2012), E3S/Monica Aceti

 

 

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