Profils, parcours et suivi d’enfants en échec scolaire… dénominateurs communs et solutions ?

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05/10/15

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Début septembre, la faculté de psychologie de l’Université de Strasbourg a organisé et accueilli le congrès national de la société française de psychologie. L’occasion pour de nombreux spécialistes, psychologues cliniciens et chercheurs d’échanger sur leurs travaux, notamment sur un sujet qui préoccupe tous les parents en cette période de rentrée : les difficultés d’apprentissage et l’échec scolaire.

Ainsi, Philippe Meyer, psychologue scolaire et clinicien depuis près de 20 ans dans le Haut-Rhin a participé au congrès et y a présenté son point de vue nuancé sur l’intérêt des prises en charge médicalisées durables des enfants en échec scolaire. En mai dernier, il a soutenu sa thèse menée au laboratoire « Subjectivité, lien social et modernité » (Sulisom, EA 3071) sur une approche clinique de la difficulté d’apprendre à l’école entre 3 et 12 ans. Ce travail de recherche a été pour lui l’opportunité de partager son expérience de terrain avec d’autres professionnels et des chercheurs. « Depuis 1989 les apprentissages scolaires sont évalués ! En parallèle, des dispositifs de dépistage et de traitement des difficultés ont été mis en place. Or le dernier rapport Pisa de 2012 fait état d’une augmentation du nombre d’élèves en difficultés. Il révèle aussi que la France se classe parmi les pays où le niveau d’anxiété est le plus élevé ». D’où son souhait de s’interroger sur l’efficacité des systèmes en place et de se pencher sur le profil de ces enfants en difficulté et leurs parcours, au travers d’un travail d’investigations approfondies.

Un processus de séparation inachevé

Ses observations de terrain ont amené plusieurs constats. « Très souvent chez des enfants en échec scolaire, la rentrée en petite section de maternelle s’est faite dans les pleurs, parfois persistants dans la durée. Ce sont des enfants dont les enseignants disent que si on ne se met pas à côté d’eux, ils ne font rien ». Le psychologue scolaire a également pu se rendre compte que leur parcours était jalonné d’aides multiples comme de l’orthophonie, de prises en charge médicales, etc. déployées souvent sur plusieurs années. « Je me suis demandé s’il n’y avait pas chez ces enfants en difficulté des traces d’un processus de séparation inachevé. Mon deuxième questionnement portait sur la médicalisation des parcours scolaires, comme façon de figer l’enfant dans sa posture d’échec, de le rendre encore plus dépendant à l’autre et d’entraver ses apprentissages. »

Pour répondre à ses questions, Philippe Meyer a travaillé avec un groupe d’une dizaine d’enfants de tous âges. « Ces enfants sont souvent très angoissés, sur la défensive et cherchent uniquement à satisfaire la demande de l’adulte sans prendre de risque. Ils ne sont pas du tout dans une situation d’apprentissage ». Ils décrochent car ils n’arrivent pas à s’adapter à la classe. « Pour eux, tout va trop vite et ils sont considérés comme en échec car ils n’arrivent pas à suivre le rythme imposé par la programmation scolaire qui oblige à acquérir le contenu d’un programme préétabli dans un temps imparti ».

Un rythme d’apprentissage trop rapide et un enlisement

Cependant, imposer à ces enfants un parcours scolaire aidé n’est pas forcément la solution idéale. Comme le constate le psychologue, pour certains, les maintenir ainsi dans une situation de dépendance peut susciter l’opposition. « On observe un enlisement dans leurs pratiques d’apprentissage. D’autre part, ils ont souvent une perception agressive de leur environnement ». Le fait même de poser un diagnostic sur certaines difficultés spécifiques, fait que l’on passe d’une situation d’apprentissage à une solution rééducative. Cela peut être stigmatisant pour l’enfant et là encore entretenir la dépendance. Ainsi, une prise en charge médicalisée durable peut parfois être contreproductive. « Lorsque l’on fait une pause dans le suivi, on assiste souvent à un redémarrage du processus d’apprentissage chez l’enfant qui n’est plus sous pression ».

« Il est urgent de revoir la programmation scolaire »

La solution radicale serait-elle alors de ne plus prendre en charge l’échec scolaire ? « Non, la question n’est pas là mais le rôle du psychologue scolaire est d’accompagner les familles et de relativiser les choses dans le temps, de gérer la pressions sociale que subissent les familles ». Et en guise de conclusion, Philippe Meyer ajoute : « il est urgent de revoir la programmation scolaire, d’assouplir le temps d’apprentissage et ce malgré la pression des évaluations souhaitées par l’éducation nationale ».

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